Dandara, résistante à l'esclavage au Brésil

Mis à jour : mai 4


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Dandara est une héroïne afro-brésilienne peu connue en France mais qui résista à l’esclavage et à la colonisation portugaise dans le Brésil du 17 e siècle. Elle fut une guerrière qui lutta aux côtés d’hommes et de femmes afro-brésilien·nes du Quilombo dos Palmares, la plus grande communauté de personnes noires libres et libérées du Brésil esclavagiste.


Grande figure de la résistance brésilienne, elle a été invisibilisée par l’histoire. Elle est très souvent présentée seulement comme la femme de l’esclave guerrier Zumbi dos Palmares. Aujourd’hui, elle est de plus en plus citée et célébrée, grâce à un travail de mémoire effectue notamment des afro-féministes brésiliennes, dont Jarid Araes, qui lui a consacré un livre qui vient d’être traduit en français sous le titre de "Dandara et les esclaves libres."


Il existe très peu de sources qui permettent de retracer la vie de Dandara, à tel point que certains ont pu la considérer comme une légende. Genisete de Lucena Sarmento, qui a fait des recherches sur cette période, dit que les documents conservés visibilisent surtout l’action des hommes guerriers. Or, il y avait aussi, dans la résistance antiesclavagiste, des guerrières, y compris cheffes comme Dandara.


Le nom de Dandara vient de D’Ondara qui veut dire Grand Esprit. C’est un nom qu’elle a dû se donner elle-même car nous savons que l’un des premiers actes des esclavagistes était d’effacer le nom des captif·ves. On ne sait pas si Dandara est née au Brésil ou en Afrique mais tout porte à croire qu’elle est arrivée très jeune au Quilombo dos Palmares.


Les quilombos brésiliens (palenques en espagnol, communautés marronnes en français, maroon societies en anglais) étaient des lieux de refuge des esclaves noirEs et afro-descendantEs des Amériques. C’étaient des communautés libres et autonomes qui accueillaient les fugitifs. Ils étaient un lieu de refuge et d’organisation de la résistance au système esclavagiste. Les quilombos étaient aussi des lieux de préservation de la cosmovision africaine et des liens de famille perdus dans le cadre du système esclavagiste. Les quilombolas (ou habitantEs des quilombos) y pratiquaient des cérémonies religieuses ou ludiques, accompagnées de musique et de danse (dont la capoeira).


La capoeira est une expression culturelle brésilienne qui mêle les arts martiaux, le sport, la culture populaire, la danse et la musique. On considère qu’elle est née à la fin du 16e siècle dans le Quilombo dos Palmares (NE du Brésil).


Le Quilombo dos Palmares est la plus célèbre des communautés de NoirEs libérEs du Brésil. Il était situé dans une région à la dense végétation ce qui rendait l’accès difficile. Il a résisté pendant plus d’un siècle à la colonisation, entre 1580 et 1710. La population du quilombo vivait de la chasse, la pêche, la cueillette de fruits et l’agriculture. Elle pratiquait aussi l’artisanat. Le Quilombo dos Palmares comptait également avec une organisation politique et une armée. Les leaders les plus connus sont Ganga Zumba et son neveu Zumbi. Mais l’exemple de Dandara montre que des femmes ont joué également un rôle central dans cette organisation.


Dandara dominait les techniques de la capoeira et elle a lutté aux côtés d’hommes et femmes dans beaucoup de batailles avec les colons. Elle participait aussi à l’élaboration de stratégies de défense du Quilombo.


À partir de 1630, les attaques au Palmares deviennent de plus en plus fréquentes, avec l’invasion hollandaise au Brésil. En 1678, le chef du Quilombo Ganga-Zumba signe un traité de paix avec le gouvernement de Pernambuco. Les autorités s’engagent à libérer les palmariens faits prisonniers durant les combats, à laisser libres les personnes nées au Palmares et à les autoriser à faire du commerce. Mais en échange, ils exigent la livraison des esclaves fugitifs qui continuent de venir chercher refuge. Dandara et son mari Zumbi s’opposent fermement à ce pacte. Ganga-Zumba est assassiné et Zumbi devient chef du Quilombo, qui résiste vaillamment aux attaques durant une quinzaine d’années.


Dandara et Zumbi ont eu 3 enfants.


A la fin du 17eme siècle, les assauts des colons se multiplient et Dandara est faite prisonnière. Dans un geste héroïque, elle se jette d’une falaise. Elle préfère la mort plutôt que de retomber dans l’esclavage.

Références :  Livre: Jarid Araes, Dandara et les esclaves libres, Anacaona Editions, 2019  Musiques: "Dandara" de N’Zambi (album Kaya, Mas Se Oriente), "Quilombo" de Gilberto Gil (bande son du film O Eldorado Negro), "Dandara" de AXE Capoeira (album Mestre Barrão), "Dandara" de Bia Nogueira (album Diversa)

 Film: Quilombo de Cacá Diegues (1984) (en Brésilien sur You Tube)



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